animal factory
Marie B. Cros, 2014-2023
Cette série naît d’un corps en déplacement.
Un corps réel, traversé par l’exil.
Je travaille à partir de lui.
Je le prélève, je le déplace, je le transforme.
Peu à peu, il cesse d’être un corps identifiable.
Il devient surface, matière, tension.
Puis autre chose.
Un animal.
Animal Factory est une série construite à partir d’un geste composite : dessin, photographie, repérages de lieux, fragments documentaires.
Le corps photographié — celui d’un exilé politique — devient le point d’origine d’un processus de mutation.
Je fabrique des figures hybrides, entre humain et animal, entre apparition et disparition.
Ce sont plus des passages que des représentations.
L’image se construit par strates : architecture réelle, paysages traversés, mémoire des lieux, présence du corps.
À l’intérieur de ces espaces, le corps se désorganise, se recompose.
Il échappe à sa fonction première.
Il devient énergie, trajectoire, instinct.
Un guépard.
Un être en fuite.
Un corps qui ne tient plus en place.
Ce travail s’inscrit dans une tension constante : entre documentaire et fiction, entre réalité politique et transformation plastique.
L’exil n’est pas représenté. Il agit. Il déforme. Il déplace. Il fabrique une autre anatomie du monde.
Commencée en 2014, au moment où la situation d’extradition de ce personnage réèl rendait toute stabilité impossible, la série s’est développée comme un espace de projection, de résistance et de transmutation. Elle s’achève en 2023, à l’issue de la décision favorable d’un procès.
Entre ces deux dates : un corps déplacé, un imaginaire construit, un monde tenu en suspension.
Certaines œuvres de la série ont été publiées et exposées à l’international, notamment sélectionnées par le jury de American Illustration à New York.
Animal Factory est venue fabriquer un état. Un monde où le corps ne se définit plus, mais devient territoire.

